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Plic ploc 2018 à lire

Un peu de Qadjar, une pincée de Daech, le tout bien mélangé à la sauce foulard femmes art et Iran, saupoudré des paradoxes de notre ère :

Cette année 2018 a été pleine d’événements qui m’ont marquée, et à la lecture de la presse d’ici et de là-bas, j’ai couché sur papier quelques-unes de mes réflexions. Dans quelques années, je les relirai et pourrai constater l’évolution du monde. Mes certitudes d’aujourd’hui seront-elles des doutes de demain ou le contraire ?

Je remarque que les films iraniens, en tous cas dans leur traduction en français, avec des mots tels que love, relations ou encore tabou dans leur nom, attirent le public occidental car celui-ci ne s’attend pas à voir ces choses-là en Iran ?! C’est ce qui explique sans doute le peu de succès de ce documentaire exceptionnel de Mohammad Reza Aslani « Tehran Conceptual Art » que nous avons programmé dans le magnifique festival sur Téhéran au cinéma Galeries en janvier.

Il y a eu, durant cet hiver 2017 et ce printemps 2018, de grandes manifestations en Iran, avec des revendications tournant autour des salaires non payés, des hausses de prix insupportables, et aussi contre le voile obligatoire. Quelques articles dans la presse iranienne de l’étranger expliquaient cet échec.

L’indépendance de la jeunesse occidentale est véritable, elle est donc capable d’assumer les combats qu’elle voudrait mener par rapport à la génération de ses parents.

Ce qui n’est pas le cas en Iran.

Les parents jouent le rôle d’amortisseur entre la violence du pouvoir contre les revendications radicales et leurs enfants.

La société accepte, comme elle le fait depuis 40 ans, des améliorations progressives et aucune radicalité.

Il suffit de voir comment le voile strict et le manteau islamique strict ont laissé la place à un accoutrement original et plutôt joli.

Ceci me renvoie à ce cri de cœur que j’ai eu pendant ces manifestations :

Si j’étais peintre, j’aurais dessiné de façon très graphique, hyper moderne, comme un trait de calligraphie, une forme V renversé comme un toit qu’on met sur les murets de boîtes électriques aux abords des rues à Téhéran ces derniers jours.

Avec ces petits murets, ces femmes courageuses intrépides, inlassables combattantes de liberté, cheveux au vent, ne pourront plus monter au sommet pour y hisser le voile qui couvre leurs cheveux en le tenant au bout d’une perche.

Ce toit est à l’image de la politique de ce pouvoir qui cache toutes ses misères sous un toit.

En fait, c’est l’expression graphique de cette époque de l’Histoire d’Iran.

Demain, c’est Norouz,22 mars 2018 et le premier Farvardine 1397 de l’année hégirienne solaire et j’ai invité toutes les personnes sensibles à mon iranité et à la beauté de cette fête si universelle. Il pleut et je dois absolument faire mes courses et je veux garder mon brushing à l’abri de la pluie éternelle dans ce pays alors je rentre dans le supermarché tout en gardant sur la tête mon beau châle en cachemire tricoté avec amour par ma meilleure amie. Sans faire attention, ce châle reste sur ma tête. Distraitement, je parcours les allées et remarque des regards étranges : la caissière qui connaît ma bouille arrête sa conversation avec un client. Une cliente bon chic bon genre que je connais m’évite subrepticement pour ne pas me croiser, le sourire étonné et amusé du stagiaire arabe qui me salue toujours avec un grand sourire qui lève le sourcil... Bref, tous ces regards et évitements ont duré un temps suffisant pour que je découvre cette attitude hautaine et disons méprisante que peuvent avoir les gens d’ici.

Tout en admirant la résistance de mes sœurs Iraniennes qui sont obligées de porter ce châle foulard hijab...

Laissez-nous choisir.

C’est tout.

 

Nous avons assisté à une première exposition sur l’ère qadjare au musée de Lens ce printemps-été 2018. Y étaient rassemblés, dans un décor magnifique de Christian Lacroix, des photos, peintures, objets, cartes, tapis, vêtements, sabres et bijoux de cette époque. Le point intéressant était l’esthétique féminine où l’on voyait des femmes plutôt potelées au visage arrondi, avec une légère moustache et des sourcils bien remplis. La guide expliquait que ces femmes avaient comme canon de beauté, la beauté masculine. C’est pour imiter cette beauté qu’elles se dessinaient moustache et sourcils !

Cela m’a rappelé une autre époque, les années 1970. La mode féminine en Occident, alors largement sous l’influence des grands couturiers hommes-homo (Lagerfeld, Gaultier…) se voyait imposer des canons masculins : épaules larges, seins plats, etc.

Et toujours ces paradoxes entre l’ouverture et la fermeture, ou disons l’ouverture pour les uns, pour certaines idées, et la fermeture, l’exclusion pour d’autres peuples et d’autres idées. Quand le footballeur allemand d’origine turque du Mondial dit avoir deux cœurs : un turc, un allemand, on s’offusque dans les milieux bien-pensants et, pourtant, nous sommes à l’époque où on accepte les bi, les transgenres, et on sort du manichéisme et de la bipolarité...

On éloigne les bornes

On passe de la ligne téléphonique à la ligne Internet

On donne son WhatsApp

C’est-à-dire que maintenant, quand on appelle quelqu’un, aucune des deux parties ne connaît le lieu où son interlocuteur se trouve !

Mais, en même temps, on dresse des frontières terrestres

Tiens, d’ailleurs, le seul point impossible à résoudre pour la première ministre May dans le Brexit : où se situe la frontière entre l’Irlande et le UK ?

On se ressemble de plus en plus, oui, on est consommateur du grand supermarché mondial ! Pour être ensuite bien séparés par les murs et les frontières.

A la télévision dans un reportage sur Daech, le témoin libyen explique que la connaissance qu’a Daech des explosifs n’est pas nouvelle. Elle vient des autres conflits (Afghanistan, Hamas, Irakiens contre les USA, Falloujah…) et ils se sont juste améliorés !

Ça me rappelle la formation de la civilisation islamique qui s’est chaque fois enrichie après la prise d’un pays et a amélioré ses connaissances !

Là, c’est le sang du martyr, ici, c’est l’encre du savant !

 

C’est le Brésil qui attire tous les regards du monde avec son nouveau maître des lieux : Bolsonaro

Alors on va de la géophagie à la géosophie :

Prenons des terres sans hommes aux hommes sans terre !

Un peu comme le sionisme en Palestine !

C’est le mois d’octobre, un événement qui enchante mais qui n’aurait même pas dû avoir lieu si nous n’étions pas dans l’obscurantisme de certains :

A Téhéran, dans le stade Azadi (Liberté !!), 800 femmes privilégiées ont pu assister au match Iran-Japon dans le cadre de la Ligue des Champions d’Asie de football.

800 sur un stade de 80000 places !!

Certains diront c’est un premier pas mais ras-le-bol de ces pas de mouche.

Cela me rappelle le féminisme islamique d’Etat, une vitrine pour le monde après avoir confisqué tous les droits des femmes en Iran. Le pouvoir a intégré quelques femmes pour les envoyer à gauche et à droite dans des délégations officielles pour montrer au monde que les femmes en Iran sont partout avec tous leurs droits même au sein du pouvoir !!

Ces autorisées de stade sont à l’image de ces féministes d’Etat.

NB : dans le reportage en direct, pas une image de ces femmes ni une mention de leur présence dans le reportage.

En attendant, ces femmes continuent à briller dans tous les domaines scientifiques, artistiques et sportifs, elles avancent comme une voiture sans phare, hélas doucement mais sûrement.

« Qui dit que le paradis se trouve là-haut

Là où la chance sévit, le paradis s'y trouve

L'obscur côté de ton for intérieur était l'enfer

Si celui-là n'est pas obscur, alors le monde entier est le paradis. »

C’est une traduction libre d’un poème écrit en persan que j’aime bien et qui exprime bien mon état du moment : optimiste malgré tout…

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